La Quatrième République
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4. Les Landes forestières

4.3. Vers la disparition du gemmage

Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, qui a vu se dégrader le massif forestier, faute d'un entretien rigoureux, les difficultés économiques s'accumulent et remettent en cause l'avenir du gemmage. Lors des " grands incendies " de la période 1939-1949, plus de la moitié de la surface boisée des Landes est détruite. De nombreuses métairies sont dévastées entièrement ou partiellement et l'invasion de parasites, comme les criquets en 1947, n'arrange pas la situation. Dans le même temps, les industriels du papier essayent de convaincre les propriétaires de se reconvertir dans la production ligneuse.


La vague de froid de l'hiver 1956 accentue les difficultés. Le froid envahit la forêt de Gascogne en février alors que les pins ont été écorcés pour préparer la campagne. Fragilisés par l'écorçage, les pins gèlent entre le 3 et le 28 février, et la récolte de 1956 est inférieure d'un tiers à celle obtenue en 1955. Les chantiers de gemmage sont ravagés.


L'introduction d'une nouvelle technique de gemmage importée des Etats-Unis, technique dite du " gemmage activé ", joue également dans ce déclin de l'activité des gemmeurs. En 1947, Charles Prat, dirigeant de la Fédération des gemmeurs et métayers du Sud-Ouest et de l'Union Corporative des Résineux, fait partie de la délégation reçue aux USA pour découvrir ce nouveau procédé. Cette nouvelle technique permet de diminuer le temps consacré à chaque pin, tout en augmentant la productivité : les gemmeurs peuvent alors prendre des chantiers jusqu'à deux fois plus grands.


Avec la déstructuration des métairies par le feu et le froid, cette technique, qui est définitivement adoptée par les propriétaires landais dès la fin des années 1950, favorise un regroupement des parcelles à gemmer. Si elle est bénéfique en terme productif, cette modernisation provoque une diminution de moitié de la main-d'œuvre, alors même que les surfaces exploitées déclinent également. De plus en plus de propriétaires orientent en effet leur production vers le bois et, n'ayant plus de parcelle de pins à gemmer, n'engagent plus de métayers qui s'exilent vers les villes.


L'exode est facilitée par un progressif détachement des gemmeurs à l'égard de leur activité qui est dévalorisée. Les gemmeurs se sentent comme les laissés pour compte de la croissance retrouvée des années 1950 et s'estiment prisonniers d'un mode de vie qui ne se modifie pas alors que le monde urbain et le salariat séduisent de plus en plus. Si les contours juridiques de la situation des gemmeurs s'améliorent avec la loi d'avril 1946, leur situation sociale reste dramatique : l'habitat demeure déplorable, les maisons sont vétustes, parfois insalubres, dépourvues d'électricité, quelques fois même de l'eau courante. Ce manque de confort pousse les gemmeurs à quitter ce métier d'autant plus que le prix de la résine n'est plus garanti à partir de 1952. Les ouvriers résiniers se sentent exclus à la fois de la modernisation agricole et du développement des droits des salariés ouvriers. Dans un contexte d'accès des paysans à des formes de plus en plus importantes de confort et face à un refus toujours très ferme des propriétaires d'améliorer leur situation, l'exode est un mélange de contrainte sociale et de choix individuel.
 
 

 



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